Analyse Nexialog · Avril 2026

Cartographie des risques 2026
L'urgence du présent éclipse-t-elle les menaces de demain ?

Si 75 % des risques sont perçus comme moins sévères qu'en 2025, ce n'est pas parce que le monde devient plus sûr — c'est parce que l'urgence du présent réduit notre horizon de visibilité.

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0Risques analysés
0%Des risques perçus moins sévères
0%Voient une crise politique imminente

Pour ouvrir cette analyse sur la cartographie des risques, nous souhaitons citer les propos d'Ana Boata, directrice des recherches économiques d'Allianz Trade, lors de la conférence des Jeunes Actuaires sur les risques géopolitiques (2026). Sa première phrase lors des présentations au sein du Board d'Allianz était la suivante :

« We only take good news »

Ana Boata, Directrice des recherches économiques — Allianz Trade, 2026

Ces propos résonnent avec la cartographie des risques réalisée par France Assureurs, qui montre une recrudescence de l'importance perçue des risques à court terme, au détriment de la perception et de la sévérité des risques à long terme. Si 75 % des risques sont perçus comme moins sévères qu'en 2025, ce n'est pas parce que le monde devient plus sûr — c'est parce que l'urgence du présent (politique, cyber) réduit notre horizon de visibilité.


Une profession face à ses défis

Pour sa 9e édition de la cartographie prospective des risques, France Assureurs a interrogé 186 experts provenant de 35 entreprises différentes, représentant 95 % des encours des placements des assureurs français.

Cette enquête annuelle vise à identifier les risques majeurs du secteur perçus par des experts et dirigeants de l'assurance. L'objectif premier de cet exercice est de hiérarchiser les risques — 24 risques analysés cette année — en croisant leur fréquence de survenance et leur sévérité potentielle. Il s'agit de transformer des signaux faibles ou des incertitudes globales en une vision structurée et prospective à double horizon (2 ans et 10 ans), permettant aux acteurs du secteur de ne pas subir les crises, mais de les anticiper.

Les cinq principaux risques identifiés par les assureurs sont les mêmes qu'en 2025 : dans l'ordre pour 2026, les risques cyber, économiques, climatiques, politiques et d'événements naturels exceptionnels.


La menace devenue systémique

Le risque cyber est classé premier dans la cartographie pour la neuvième année consécutive — une constance qui remonte à 2018 et témoigne de l'ancrage durable de cette menace dans le paysage des risques assurantiels.

Il demeure le risque le plus préoccupant en termes de fréquence et de sévérité. Si les assureurs témoignent d'une meilleure maîtrise de la fréquence de survenance des incidents cyber, la sévérité reste quant à elle très incertaine. Elle s'illustre dans l'actualité (fuites de données massives, cyberattaques sur des organismes vitaux) mais aussi quantitativement : dans notre panorama du marché de la CyberAssurance (2025) basé sur les rapports LUCY (« Lumière sur le Cyberassurance »), nous constations un doublement du sinistre moyen en Cyber entre 2023 et 2024.

Le risque de cyberattaques ne s'inscrit pas isolément : il s'intègre dans un écosystème de menaces interconnectées, où l'accélération technologique et l'instabilité politique renforcent mutuellement sa dangerosité. En effet, le risque cyber est corrélé aux enjeux de stockage dans le cloud et à la conformité des processus IT (8e place), mais aussi à une utilisation accrue de l'intelligence artificielle (7e place) qui démultiplie la sophistication des attaques. À ces facteurs s'ajoutent les tensions géopolitiques, qui font du cyberespace un théâtre de confrontation à part entière entre États — rendant les interdépendances entre risques plus systémiques que jamais.

Cette montée en puissance des enjeux technologiques s'inscrit toutefois dans un climat d'instabilité plus large.


Le retour de l'incertitude

La perception des risques économiques (2e place) et politiques (4e place) a naturellement pris de l'importance dans le classement, portée par une augmentation significative de leur fréquence et de leur sévérité perçue.

Ce pessimisme se nourrit d'incertitudes budgétaires nationales (taxe sur les complémentaires santé, remise en question de l'assurance-vie, taxe « casseurs ») mais aussi de tensions internationales marquées par l'isolationnisme, les droits de douane et les ingérences étrangères.

Néanmoins, comme le souligne France Assureurs, ce sentiment de vulnérabilité contraste avec des indicateurs réels plus stables : la croissance française reste modérée (0,9 %) et l'inflation est désormais maîtrisée (1 %).


Le paradoxe environnemental : l'angle mort de la biodiversité ?

Si l'actualité immédiate est dominée par les risques politiques et cyber, le volet environnemental de la Cartographie 2026 révèle un paradoxe temporel caractéristique : l'urgence du court terme supplante systématiquement la nécessité d'anticiper les risques de long terme.

Le dérèglement climatique demeure, pour 41 % des experts, le risque le plus structurant à un horizon de 10 ans. Pourtant, il subit un déclassement relatif dans la hiérarchie immédiate, relégué à la 3e place. À l'inverse, le risque lié à l'environnement et à la biodiversité peine encore à s'extraire du bas de classement, occupant la 15e place. Ce décalage souligne la difficulté persistante du secteur à modéliser l'effondrement du vivant comme une menace opérationnelle immédiate, bien qu'il soit intrinsèquement lié au climat.

À noter également, le risque d'événement naturel exceptionnel (5e place) voit son horizon de survenance se rapprocher brutalement : 63 % des assureurs le situent désormais à moins de deux ans, signe que les crises climatiques ne sont plus des prédictions lointaines, mais une réalité technique déjà présente dans les comptes.


Une accalmie en trompe-l'œil

Dans une dynamique similaire à celle des enjeux climatiques et de biodiversité, le risque de changement réglementaire et de conformité s'écarte lui aussi du premier plan des préoccupations pour s'établir désormais au 11e rang.

Cette sortie du top 10, inédite depuis 2019, traduit une phase de stabilisation normative après l'intégration de réformes majeures telles que DORA ou l'IRRD. Toutefois, à l'instar des périls naturels, cette décrue en termes de fréquence perçue masque une pression temporelle accrue : le raccourcissement spectaculaire de son horizon de survenance confirme que l'enjeu n'est plus celui de l'anticipation législative, mais bien celui de l'impératif immédiat de mise en conformité opérationnelle.


Ce qu'il faut retenir

Les menaces immédiates dominent désormais l'horizon des préoccupations, portées principalement par les sphères politique, cyber et économique qui saturent l'attention des décideurs. L'urgence politique et économique atteint un niveau sans précédent : le risque politique enregistre la progression la plus fulgurante du classement, avec 99 % des experts le qualifiant de menace imminente à échéance de zéro à deux ans.

Cette omniprésence des crises actuelles produit cependant un effet d'éclipse sur les risques structurels, entraînant une baisse relative de la vigilance face aux périls de long terme que sont le dérèglement climatique, l'effondrement de la biodiversité ou l'inassurabilité croissante de certaines infrastructures. Parallèlement, la menace technologique s'intensifie sensiblement : la sévérité perçue des risques liés aux cyberattaques, à l'intelligence artificielle et à la fiabilité des processus IT s'accroît fortement, témoignant d'une vulnérabilité systémique désormais profondément ancrée.

Dans un monde où 99 % des experts voient une crise politique imminente, mais où 41 % identifient le climat comme le risque à 10 ans, comment allouer rationnellement le capital, l'attention et les ressources ?

La réponse ne sera pas binaire. Elle passera par une réconciliation de la gestion de crise et de la vision prospective, sous peine de subir demain les conséquences de ce qu'on aura négligé aujourd'hui.

« We only take good news » — ou pas. Le choix appartient encore aux assureurs.

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Valentin Erades

Consultant

Recherche & Développement

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